Le bébé de l'espèce humaine est démuni de tout moyen de survie pendant ses premiers mois, contrairement aux petits des autres espèces. Sa survie est donc entièrement dépendante de son environnement social.

L'étude de l'enfant a débuté tardivement et ne correspond pas exactement à l'origine de la psychologie scientifique (19e siècle).
De tous temps, on s'est toujours préoccupé de l'enfant comme d'un être singulier, ne serait-ce que pour le rouer de coups. La préoccupation première était la bonne éducation et les bons soins à lui donner pour qu'il devienne un adulte.

 

1. Influence des philosophes

 

Les réflexions sur l'enfant ont été menées tout d'abord par les philosophes, qui s'intéressent à l'éducation qu'il faut lui donner.

Selon Platon, « l'enfant est un adulte en miniature », n'est différent de l'adulte que d'un  point de vue quantitatif. Tout est fixé à la naissance, l'éducation et l'environnement n'ajoutent rien, si ce n'est qu'actualiser les potentialités fixées à la naissance. C'est un point de vue INNEISTE.

Cette conception perdure pendant quelques siècles, disparaît puis réapparaît à différents niveaux, sous différents aspects :

Littérature : Jusqu'au 18e siècle, l'enfant n'est pas un personnage principal de roman. Il est parfois présent mais a des discours péjoratifs.

Peinture : L'enfant occupe une place réduite dans les représentations collectives jusqu'au Moyen-Âge. S'il est présent, on le trouve sous forme d'un adulte en miniature (proportions physiques d'un adulte). C'est le réalisme intellectuel (représenter l'enfant selon la conception de l'enfant de l'époque).

La conception platonicienne a différentes implications : il n'est pas possible de concevoir que les comportements de l'enfant soient dirigés par des mécanismes différents de ceux de l'adulte, donc toute inconformité aux normes adultes sera perçue négativement.

 

2. Les premiers discours sur l'enfant

 

On assiste, aux 17e et 18e siècles, à un changement des représentations que l'on se fait de l'enfant.

a) John Locke

Fin 17e siècle, il est le premier à proposer un discours systématique sur l'enfant, en particulier sur l'éducation à lui donner.

Il insiste sur l'importance des renforcements (sanctions positives) pour augmenter la probabilité de voir apparaître un comportement. Une sanction négative fait diminuer cette probabilité.

LOCKE est le précurseur des courants théoriques de la psychologie du développement qui mettent en avant l'importance des apprentissages et conditionnements.

L'enfant reste cependant toujours considéré comme un adulte en miniature.

La conception de LOCKE  est empiriste : l'enfant est caractérisé à la naissance par son absence d'esprit (tabula rasa).


b) Jean-Jacques Rousseau (L'Emile)

 

ROUSSEAU a permis un véritable changement de regard sur l'enfant. Il propose une nouvelle représentation de l'enfance, qui sera adoptée par les pédagogues et la bourgeoisie. La haute société se met à élever ses enfants selon les principes recommandés par ROUSSEAU : pas d'emmaillotement du bébé, allaitement maternel, attachement maternel.

Ces différents principes ont modifié les comportements des classes de la haute société, mais les classes les moins favorisées continuent à mettre leurs enfants en nourrice ou à les abandonner.

Principes énoncés dans L'Émile :
> L'enfant correspond à une réalité psychologique bien définie et n'est plus considéré comme un petit homme. On lui reconnaît des manières propres à agir, penser, et des différences non seulement quantitatives mais aussi qualitatives avec l'adulte. C'est la principale innovation de ROUSSEAU quant à l'enfant.
> L'enfance correspond à une période de la vie qui possède sa propre valeur et ne consiste pas seulement en l'apprentissage de la vie adulte.
>  L'enfance est caractérisée par son innocence (bonté originelle de l'enfant), et c'est la société qui pervertit l'enfant. L'éducation a pour tâche de le préserver de cette perversion.
> La croissance, le développement de l'enfant, est ordonnée avec un rythme fixé naturellement. L'éducation doit respecter ce rythme.

 

ROUSSEAU est le premier à proposer que l'enfant soit différent de l'adulte quantitativement ET qualitativement. Il contribue à la naissance de la psychologie du développement :
> Les processus de transformation sont régis de l'intérieur  (primauté des facteurs endogènes). Cependant, il considère que l'expérience, l'environnement jouent un rôle sur le développement : il existe des interactions entre l'enfant et son environnement. ROUSSEAU réfute l'idée selon laquelle le nouveau-né serait une « tabula rasa » sur laquelle l'expérience, l'environnement viendraient s'imprimer. Le rôle de l'éducation selon lui est de créer des conditions favorables à l'autoconstruction de la personnalité de l'enfant.
> Il introduit la notion d'étapes ordonnées chronologiquement  et préfigure la notion de stades qui jouera un rôle prépondérant  en psychologie du développement.
> ROUSSEAU change la perspective, le regard porté sur l'enfant : il devient un objet d'étude nécessaire, indispensable pour les éducateurs.

 

3. Evénements fondateurs de la psychologie du développement


a) La théorie générale de l'évolution des espèces (Darwin)

 

Darwin s'est interrogé sur l'origine de l'homme et sa spécificité et a introduit une notion de continuité entre l'animal et l'homme (s'opposant à l'hypothèse de Descartes, discontinuité entre animal et homme).

L'hypothèse de Darwin amène à défendre l'idée que les capacités intellectuelles se sont graduellement perfectionnées au cours de l'évolution, grâce à la Sélection Naturelle.

Sélection Naturelle : Dans des conditions normales, les ressources sont suffisantes pour permettre la survie d'une espèce donnée. S'il y a un changement de ces conditions (exemple : climat), seuls les individus qui pourront s'adapter survivront. Si toute l'espèce est incapable de s'adapter, l'espèce disparaît.

Darwin inscrit l'homme dans la Théorie Générale de l'Evolution des Espèces en étudiant les ressemblances morphologiques avec les autres mammifères. Il établit des ressemblances au niveau des capacités mentales des hommes et des autres primates, qui sont différenciées par degrés.

Il établit une Théorie Gradualiste : modèle de développement qui prend en compte l'évolution phylogénétique.

 

 

A cette théorie Gradualiste, les post-darwiniens proposent une Théorie des Equilibres Ponctués.

 

 

Arguments en faveur de la Théorie Gradualiste : partage observé de 98% des gènes par l'homme et le chimpanzé, qui peut expliquer l'existence de caractéristiques communes aux niveaux anatomique et physiologique.

Arguments en faveur de la Théorie des Equilibres Ponctués : l'homme, contrairement au chimpanzé, évolue dans un environnement façonné par lui-même et dispose d'un ensemble de connaissances sur cet environnement (croyances et valeurs qui constituent la culture, transmise par une habileté spécifique à l'homme : le langage).

 

b) Naissance de la psychologie scientifique

 

Fin 19e siècle, en 1879, la psychologie se constitue en tant que discipline scientifique et se détache de la philosophie. Le premier laboratoire de psychologie est créé par WUNDT (philosophe qui rendra scientifique l'étude du comportement humain par des études sur la perception : stimulus, temps de réaction).

Objectif : Appliquer à l'étude du psychisme humain les méthodes utilisées par les sciences exactes. La psychologie scientifique échappe ainsi à l'introspection, qui n'est pas considérée comme méthode scientifique car trop subjective et vouée à l'inobservable et au non quantifiable.

 

c) Naissance de la psychologie du développement

 

La naissance de la psychologie du développement résulte de l'influence de la création de la Théorie Générale de l'Evolution des Espèces, de la naissance de la psychologie scientifique et des premiers discours systématiques sur l'enfant.

Le premier psychologue de l'enfant, HALL, crée le premier laboratoire de psychologie de l'enfant en 1883. Il détermine une terminologie nommée PAIDOLOGIE et crée une méthodologie propre à l'étude du développement de l'enfant, en généralisant l'utilisation de l'observation.

On utilisait déjà l'observation dans le cadre de la MONOGRAPHIE (observation d'un enfant particulier par un observateur privilégié) : observation du futur roi Louis XIII par son médecin HEROARD. Mais la monographie présente une certaine absence d'objectivité, limite que l'on va contourner en observant de plus vastes populations d'enfants, dans le but de faire des statistiques. C'est essentiellement aux Etats-Unis que l'on fait ces études statistiques à grande échelle (étude menée pour définir le coût du développement d'un enfant).

Les études extensives permettent d'accroître la base des connaissances sur l'enfant, grâce à des travaux descriptifs et normatifs.

Objectifs des travaux descriptifs et normatifs : établir des normes chronologiques (travaux de Gesell puis de Binet).

Ces études sont indispensables mais insuffisantes : on met en place des études explicatives qui consistent à interpréter, expliquer les faits observés. On intègre les faits observés dans un système général d'explication et de CONCEPTUALISATION du développement.